Il fait des photographies sur écorces sensibles (vidéo)

En quelques années, l’image numérique a envoyé aux oubliettes nos vieux appareils et pellicules dits argentiques. Tous ? Non, car quelques amoureux du film résistent à l’envahisseur et perpétuent les plaisirs et les sensations de la chambre noire. Julien Ermine, en Ille-et-Vilaine est de ceux-là.

Certains de ces photographes innovent et s’amusent à tirer leurs images sur d’autres supports que le classique papier. Julien Ermine lui, a choisi le bois et plus particulièrement l’écorce.

Le confinement, du temps pour faire autre chose

Au printemps, avec la pandémie et son coup d’arrêt brutal à toute vie normale, beaucoup ont réagi en profitant de l’occasion pour entreprendre des projets envisagés de longue date, mais toujours repoussés.

Ainsi Julien Ermine, photographe professionnel, habitué du reportage lointain ou plus près de chez lui à Thorigné-Fouillard en Ille-et-Vilaine, s’est-il lancé dans une aventure au long cours : non seulement utiliser ce temps long pour revenir à l’argentique, mais tenter de nouvelles expériences techniques. Julien Ermine rêvait de laisser de côté le tirage sur papier photo, pour essayer d’autres supports, il a tenté et réussi le tirage sur écorces d’arbres.

Une quête en forêt

C’est dans la forêt où il jouait enfant que Julien est allé chercher ses écorces. Avec scies et tronçonneuse, il a ponctionné de quelques jolis morceaux de leur peau végétale quelques souches et arbres tombés. Le châtaignier s’est très vite imposé pour ses textures et teintes. Après plusieurs mois de séchage, l’expérience chimique a pu commencer.

Sels d’argent, nitrate, chlorure, bromure, tous les ingrédients de la grammaire de la photographie argentique (ainsi nommée du fait des sels d’argent photosensibles utilisés) y sont passés, jusqu’à ce que Julien trouve la formule adéquate, bien sûr gardée secrète.

Alors dans le mystère de la lumière rouge de la chambre noire, le photographe en a enduit les écorces, avant d’y exposer le négatif sous l’agrandisseur. Le traitement classique, révélateur, bain d’arrêt puis fixateur s’est ensuite appliqué. Autant d’étapes que Julien a revues et corrigées : il a fallu d’autres produits, de plus grands bacs, d’autres dispositifs de séchages, il a fallu questionner l’intégralité du processus du tirage argentique.

Le photographe y a retrouvé tous les plaisirs et les mystères de la chambre noire, avec ses gestes manuels et sa magie, ainsi que ses expérimentations et tâtonnements plus ou moins heureux.

Mais les détails de l’image devant coïncider avec la texture, le veinage ou les nœuds du bois, Julien a aussi mis le numérique à contribution, pour choisir la bonne écorce pour la bonne photo : en superposant au préalable sur l’ordinateur l’image de l’écorce et la photo, il obtient ainsi une prévisualisation du résultat espéré. Il gagne là un temps précieux, même s’il aime à retrouver « une autre temporalité du travail », ainsi qu’une plus grande précision à l’arrivée.

L’Inde et le Leica

Très naturellement pour ses écorces, Julien a ressorti ses séries d’images prises en Inde voici une dizaine d’années. Des images prises avec le discret Leica, cet appareil intemporel, né en Allemagne dans les années 30 et toujours d’actualité pour les connaisseurs. Un petit appareil qu’on ne remarque pas, et dont le modeste clic n’affole pas le sujet, un pur et instinctif prolongement du regard. Et bien sûr, un appareil argentique, dont l’optique précise et fidèle au naturel, permet à la pellicule sensible de rendre toutes ses nuances.

Mais si Julien Ermine a choisi ses photos d’Inde, c’est aussi pour « une passation », « pour que les pratiques se rejoignent » : dans ce pays et jusque très tard, les documents étaient écrits sur du bois …

Visibles un jour ?

Les murs de sa maison accueillent déjà des dizaines d’écorces sensibles, mais Julien n’est pas au bout de son chemin. Pour l’instant, l’expérimentation continue, de la collecte d’écorces au tirage, jusqu’à l’encadrement dans un sobre mais très chic entourage de chêne. Mais une exposition pourrait bien voir le jour, un jour …

En attendant, si vous souhaitez découvrir une autre facette du travail, plus photojournaliste, de Julien Ermine, vous pouvez vous rendre dans certaines stations du métro rennais. L’exposition collective « Report’Images » y propose quelques 80 tirages des images d’une dizaine de photographes, dont Julien Ermine. Une exposition qui, après Rennes, sera visible ailleurs en Bretagne, en particulier à Saint-Malo ou Douarnenez.

(Source : France 3 Bretagne)

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