La rééducation contre le mal de mer (vidéo)

Le Dr Loïs Bonne, chef du service ORL de l’hôpital d’instruction des armées Clermont-Tonnerre (Brest) est un spécialiste du mal de mer. Avec ses équipes, il a développé une technique qui permet de résoudre le conflit en mer. Explications.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le mal de mer ?

Le mécanisme du mal de mer est dû à un conflit sensoriel. Dans l’équilibre, il y a trois informations qui rentrent en ligne de compte. La rétine centrale identifie une personne et la rétine périphérique la situe dans l’espace. Ensuite, l’oreille interne, qui est un accéléromètre, renseigne sur les informations de vitesse. Enfin, la sensibilité profonde ou proprioception perçoit les mouvements du bateau à partir de la voute plantaire. Le conflit majeur est lié à la stimulation de l’oreille interne, au mouvement de la houle. Le mouvement lié à l’oreille est différent de celui qui est perçu par le sol. Les informations sont également discordantes avec la vue.

Toutes ces informations vont être comparées avec des schémas enregistrés et c’est ce qui va provoquer le mal de mer. Soit on est capable de trouver des solutions, c’est ce qui s’appelle l’amarinage, soit les gens peinent à trouver ces solutions. En soi, il n’est pas anormal d’être malade les premiers jours. Le souci se pose quand les gens n’arrivent pas à se sortir du mal de mer et à s’acclimater. C’est d’autant plus difficile à trouver qu’il est impossible de les détecter avant. On n’est pas capable de savoir qui pourra s’adapter et qui ne le pourra pas.

Exemple, si vous fermez les yeux et que vous placez votre main dans une position, vous arrivez à définir son positionnement grâce à l’ensemble de ces capteurs.

Ces trois informations doivent être en cohérence pour que le cerveau, quand il les reçoit, puisse créer du tonus. Souvent, dans un véhicule en mouvement, il y a un conflit entre ces infos.

Exemple : Dans un TGV qui roule à 300 km/h à vitesse constante, nous n’avons pas de renseignement sur le mouvement. C’est le défilement du paysage par la vitre qui donner une indication de mouvement.

Tout le monde peut être touché par le mal de mer ?

Oui. Il y a des situations où des gens qui ne sont jamais malades pourraient l’être. Des facteurs peuvent jouer comme la mauvaise alimentation, le froid… On a remarqué que dans un naufrage, 70 % des passagers souffrent du mal de mer. Certains grands marins sont touchés par le mal de mer. C’est un problème de conflit sensoriel et pas seulement une question de volonté, c’est un problème somatique.

Quelle technique avez-vous développée pour résoudre le conflit en mer ?

Les exercices que nous proposons vont se rapprocher des conflits que l’on rencontre en mer et par habituation on va aider les patients à s’adapter. On va régler un certain nombre de conflits primaires pour qu’une fois en mer, ils aient des solutions. Les exercices opthosymétriques se réalisent avec des boules à facettes comme dans les boites de nuit, sur des fauteuils rotatoires. Le but est de gêner les gens, sans les rendre malades. On complexifie les exercices pour irriter les gens et qu’ils apprennent a gérer le conflit.

Le traitement s’étale sur une dizaine de séances de 30 minutes chacune.

La technique est-elle infaillible ?

En 2010, on a mené une étude sur 100 marins, 73 étaient guéris et n’avaient plus de vomissements. Nous avons eu 25 % d’échecs, mais on continue de mener des recherches. Pas mal de gens ont réussi à résoudre le conflit et ont trouvé comment établir les schémas qui les aident à comprendre ce qui se passe.

À quel public conseillez-vous votre technique ?

Je crois que pour le plaisancier du dimanche, qui sort de temps en temps comme les épouses ou les conjoints des plaisanciers, il faut essayer de trouver une solution médicale. Des antihistaminiques peuvent être prescrits comme Mercalme ou scopoderm.

Pour les professionnels de la mer ou les plaisanciers qui sont en échecs de rééducation, prendre des médicaments toute la vie contre le mal de mer n’est pas conseillé. Ici, on parle des personnes qui travaillent dans le milieu de la mer ou alors des plaisanciers qui pratiquent régulièrement comme les week-ends et les vacances. Je conseille donc une rééducation à ce public. C’est un peu contraignant au niveau du temps, mais c’est une technique naturelle.

Êtes-vous les seuls à pratiquer cette rééducation ?

Non, nous avons une grande expérience, car nous sommes à Brest, en bord de mer, dans un port, nous travaillons avec la Marine nationale, mais tous les kinésithérapeutes qui ont une formation dans la rééducation de l’oreille interne sont compétents. Il faut avoir une formation dans le vestibule.

D’’utres professionnels s’y sont mis aussi.

Que pensez-vous de ces nouveaux objets contre le mal de mer comme les lunettes ou encore les vêtements ?

J’ai du mal à évaluer, je n’ai pas travaillé dessus. Pour les gens qui sont échec, les gens en bout de course ça peut fonctionner. Certaines personnes sont sans doute soulagées par ces techniques.

(Source : Bateaux.com)

Publicités

3 réflexions sur “La rééducation contre le mal de mer (vidéo)

  1. Ma technique pour résister au mal de mer fut de fixer l’horizon, autant que possible. Ce repère stable, tantôt visuel, tantôt mental parce que je le perdais souvent de vue, semble m’avoir aidé à ne pas vomir. Parce que les autres étudiants à bord furent malades, sauf les marins.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s