Le gorille oriental, le plus grand primate du monde, en « danger critique d’extinction » (vidéo)

1La faune et la flore disparaissent inexorablement de la planète. « Nous les perdons à un rythme inédit », assure Jane Smart, directrice de la conservation au sein de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Celle-ci a publié, dimanche 4 septembre, l’actualisation de sa fameuse liste rouge des espèces menacées, et le constat est très inquiétant. Sur les 82 954 espèces animales et végétales prises en compte, 23 928 (29 %) sont qualifiées de « menacées », dont 5 107 sont en « danger critique », 7 602 « en danger » et 11 219 sont considérées comme « vulnérables ».

Cet inventaire a été réalisé par ce vaste réseau de protection de l’environnement auquel collaborent environ 10 000 experts internationaux et auquel adhèrent ONG et gouvernements. La dernière actualisation générale de la liste rouge datait de 2009.

« Pour effectuer nos mises à jour, nous nous appuyons sur trois générations d’animaux, ou bien sur des évolutions observées pendant un laps de temps d’au moins dix ans pour ceux qui se reproduisent assez vite, comme certains poissons, explique Jean-François Vié, directeur adjoint du programme global de sauvegarde des espèces à l’UICN. Une espèce est appelée vulnérable lorsque nous observons 30 % d’effectifs en moins. »

Espèces invasives

Le diagnostic rendu public à l’occasion du congrès mondial que l’UICN organise tous les quatre ans – cette année à Honolulu (Hawaï), jusqu’au 10 septembre – indique que, depuis le XVIe siècle, 855 espèces ont disparu ; 68 n’existent plus hors d’une structure de conservation, dans un parc ou un jardin botanique. « Il est possible de maintenir des animaux en vie dans un lieu protégé puis de les relâcher un jour… à condition qu’il existe encore un biotope pour les accueillir », note Joe Walston, l’un des responsables de la Wildlife Conservation Society, une ONG environnementale américaine.

Néanmoins, au fond des mers, dans les forêts, les rivières, les savanes, le patrimoine naturel s’affaiblit, des populations disparaissent tandis que quelques autres envahissent leurs espaces. Et les îles sont les plus touchées par ce phénomène. L’UICN ayant donné rendez-vous au milieu du Pacifique à 8 300 délégués venus de plus de 180 pays, l’organisation a tenu à souligner l’extrême vulnérabilité de ces écosystèmes.

L’archipel américain subit de multiples atteintes dues à l’introduction volontaire ou non de cochons, de chèvres, de rats, de limaces et de nombreuses plantes qui détruisent sa flore endémique. Sur 415 de ces végétaux répertoriés, la grande majorité est menacée d’extinction, quatre d’entre eux n’existent plus dans la nature, tandis que trente-huit ont totalement disparu.

Perte d’habitat

« Prédateurs, champignons, insectes : on peut considérer que 80 % des espèces envahissantes entrées sur le sol américain se trouvent dans cet archipel », résume Piero Genovesi, du groupe spécialisé sur les espèces invasives au sein de l’UICN.

Ce phénomène constitue la cause principale de l’érosion du patrimoine vivant dans l’ensemble des îles ; dans le reste du monde, il en est le deuxième facteur, indiquent les experts qui collaborent à la liste rouge. L’envahissement est associé à une disparition sur deux au cours des quatre derniers siècles, et il en serait le responsable unique dans un cas sur cinq, selon M. Genovesi. « A Hawaï, par exemple, le paludisme aviaire apporté par un moustique au XIXe siècle a causé la perte de la moitié des oiseaux en un siècle », rappelle-t-il.

Aucune région n’échappe plus au déclin, car le patrimoine vivant est désormais majoritairement victime de la perte d’habitats naturels. Les espèces ne résistent pas à la dégradation générale de leur environnement – réduit, fragmenté, pollué ou carrément détruit. Le réchauffement climatique accentue la pression avec son lot de sécheresses et de tempêtes ; la chasse et la pêche ajoutent à l’hécatombe.

Et tout ce que l’humain convoite : peau, viande, corne, défenses, griffes, fourrure, place irrémédiablement leurs propriétaires sur la liste des espèces « vulnérables », « en danger » ou, pis, les conduit à rejoindre la catégorie « en danger critique d’extinction ».

Le plus grand primate en danger

Tel est le sort du gorille oriental (Gorilla beringei), le plus grand primate existant, qui vit notamment en République démocratique du Congo. Ses effectifs se sont réduits de 70 % en vingt ans, du fait de la chasse illégale. Le gorille Grauer, l’une des deux sous-espèces de cette région, a même perdu 77 % de sa population depuis 1994. Au total, quatre des six espèces de grands singes sont maintenant en « danger critique », à un pas de l’extinction.

Une famille de tortues endémiques du Brésil (Mesoclemmys hogei) suit la même pente. Dix de ses dix-huit sous-populations se sont évanouies au cours des quarante dernières années. Elles habitaient notamment l’Etat de Rio de Janeiro avant que la destruction de leur biotope ne cause leur perte.

Le tableau est si sombre que l’UICN prend soin de mettre en avant les espèces dont la situation s’améliore. Ses experts veulent montrer que de sérieuses mesures de protection peuvent permettre d’enrayer le déclin. Ainsi, l’antilope du Tibet se rétablit : elle est à présent « quasi menacée ». Un vrai progrès pour celle qui était tuée pour sa laine shahtoosh si fine et si chère.

Plus emblématique encore, le panda géant prospère ou presque : il rejoint les animaux « vulnérables », et non plus « en danger », grâce à la volonté de l’Etat chinois. Las, l’ursidé va devoir affronter la réduction des bambous qui l’abritent, car le réchauffement devrait les faire régresser de 35 % d’ici à la fin du siècle. Autant dire que tous les gains récents seront perdus.

Les experts alertent aussi sur le cas d’un gecko de Malaisie (Cyrtodactylus hidupselamanya). Il n’est pas totalement en état critique, mais cela devrait arriver dans les cinq ans avec l’extraction du calcaire sur lequel il vit. Autres nouveaux venus : la chauve-souris géante (Nyctalus lasiopterus) présente en Europe et en Afrique du Nord, qui manque de vieux arbres pour se loger. Ou encore le desman de Moscovie (Desmana moschata), un petit mammifère semi-aquatique, cousin de la taupe, victime de pêches musclées en Russie et en Ukraine.

Le koala d’Australie en danger

Enfin, en Australie, le koala fait lui aussi désormais partie de la grande famille des mal portants. Sa situation inquiète le grand public. Une enquête parlementaire a été commandée sur l’inefficacité des mesures mises en œuvre pour sa conservation. Les effectifs d’un autre petit marsupial endémique, l’antechine fauve (Antechinus bellus), qui vit dans le nord de l’Australie, ont chuté de plus de 30 % en moins de dix ans, sans émouvoir autant.

Pourtant, être classé ne serait-ce que parmi les espèces « quasi menacées » s’avère déjà de très mauvais augure, assure Jean-François Vié, de l’UICN. « Regardez les zèbres des plaines, autrefois communs en Afrique : ils ont diminué de 24 %, ce n’est pas rien ! », lance-t-il. La liste rouge de 2016 évalue leur population autour de 500 000 animaux, alors qu’elle était de 660 000 il y a quatorze ans. Cibles des chasseurs pour leur chair et leur peau, dans certains pays ces mammifères ne se rencontrent plus que dans les parcs protégés.

Et M. Vié d’enfoncer le clou : « Cette vague d’extinctions est un indicateur de la dégradation de notre planète. » Autrement dit, même les humains ne devraient pas tarder à s’en apercevoir.

(Source : Le Monde)

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