Antique réincarnation

1Métempsychose, transmigration des âmes, continuum de conscience… De la Grèce antique à l’Égypte ancienne, en passant par l’Inde millénaire, la notion de réincarnation, vieille comme le monde, épouse différentes formes. Retour vers le futur des vies antérieures.

« J’ai déjà vu le jour sous les traits d’un garçon, d’une fille, d’un buisson, d’un oiseau et d’un poisson volant. » Cette citation du philosophe grec Empédocle nous ramène dans le monde antique (aux alentours de 450 av. J.-C.) et illustre à merveille l’idée de réincarnation. Tout autour du globe, depuis l’aube de l’humanité, nombre de cultures nous parlent de la possibilité de renaître vie après vie, avec des variantes dans la vision de ce concept qui divise. Quoi qu’il en soit, la réincarnation, ou « retour dans la chair », évoque l’hypothèse d’un principe immatériel – nommé âme, conscience, énergie – accomplissant des passages de vies successives dans différents corps, humains, animaux ou végétaux selon les croyances.

Si le terme « réincarnation » aurait été créé par le père du spiritisme, Allan Kardec, en 1857 (Le Livre des Esprits), on retrouve l’adhésion à ce concept à différentes époques et en divers lieux, notamment dans la pensée grecque et en Extrême-Orient, où elle campe au cœur de l’hindouisme, du bouddhisme, du jaïnisme et du sikhisme. C’est vers la fin du XIXe siècle que la réincarnation fait un retour remarqué en Occident, sous l’impulsion d’un regain d’intérêt pour l’occultisme et l’étude approfondie des religions et philosophies venues d’Inde par les anthropologues et philosophes occidentaux, notamment Schopenhauer.

D’où vient cette notion ? Difficile à dire, mais la quête du sens à donner à cette existence laisse émerger, inévitablement, la question de la pérennité, de savoir ce qui se passe avant la naissance et après la mort… L’hypothèse de la réincarnation traverse ainsi les religions animistes, chamaniques ou primitives, avec une valeur morale sous-jacente : il serait essentiel de mener une vie juste, la plus pure possible, pour ne pas renaître dans un corps d’animal.

C’est principalement dans le monde grec antique que fleurit, à partir du VIe siècle av. J.-C., la notion de réincarnation et de métempsycose (qui signifie littéralement « transmigration des âmes »). Mais l’idée, en soi, ne serait pas grecque. Sans qu’on en connaisse l’origine exacte, il semble qu’on en ait déjà débattu en Égypte et en Mésopotamie. Pour être plus précis, les Égyptiens, eux, parlent de transformation des morts (surtout en oiseaux) ou de pérégrination des âmes (qui voguent, avant le Jugement des morts). Autre hypothèse : il se peut que cette croyance ait été inspirée par l’hindouisme, à la faveur d’échanges culturels (bien que dans l’Antiquité l’empire Perse fasse plutôt barrière entre le monde grec et l’Inde).

L’âme poursuit son évolution d’existence en existence humaine…

Dans cette doctrine, l’âme poursuit son évolution d’existence en existence humaine (réincarnation) et peut éventuellement s’incarner dans un animal ou un végétal (métempsycose). L’orphisme, attesté dès 560 av. J.-C., soutient que « les âmes passent d’une vie en l’autre selon certaines révolutions et souvent entrent dans des corps humains ». S’il apparaît que Phérécyde de Syros, actif vers 540 av. J.-C., ait été le premier à soutenir que l’âme est immortelle et qu’elle revient successivement s’incarner sur terre, c’est au fameux concepteur du théorème géométrique que l’on doit la popularisation de ce concept de métempsycose.

Pythagore, en effet, affirme se souvenir de ses vies antérieures. La légende raconte que ce dernier aurait arrêté le bras d’un homme en train de battre un chiot qu’il a reconnu comme étant l’un de ses vieux amis. Xénophane, relatant cette histoire, témoigne des mots de Pythagore : « C’est l’âme d’un de mes amis. En entendant sa voix, j’ai reconnu cette âme. » La grande notoriété de ce penseur a permis au concept de métempsycose d’avoir plusieurs vies… ou plutôt d’être approfondi par ses successeurs.

Parmi les disciples de Pythagore, Empédocle, cité en début d’article, croyait dur comme fer à la métempsycose et en particulier à l’idée selon laquelle l’âme est immortelle, donc divine. Il s’est mis en tête, raconte-t-on, de démontrer cette idée en se jetant dans le cratère de l’Etna, en Sicile. Il aurait préalablement demandé à ses disciples d’attendre son retour sous une autre forme (on ne connaît pas le résultat !)…

Pour Aristote, n’importe quelle âme, semblable à la poussière en suspension dans l’air, peut entrer dans n’importe quel corps. Platon, à travers son œuvre, fait clairement allusion à la réincarnation (Phédon, Phèdre, La République…). Pour lui, 1000 ans s’écouleraient entre une naissance et une renaissance, avec, en arrière-fond, la loi qui veut que « chaque espèce d’âme verra son lieu de destination déterminé par similitude avec son occupation ordinaire ». Ainsi, ceux qui sont débordés par les appétits grossiers du corps renaîtraient-il, selon le principe de métempsycose, en animaux libidineux, alors que ceux chez qui domine la colère se réincarneraient en animal de proie, loups, faucons, milans et ceux chez qui domine la raison reviendraient en animaux grégaires, abeilles, guêpes, fourmis.
Ces conceptions ont été remises sur le devant de la scène entre autres par le philosophe Marsile Ficin, figure de proue humaniste de la Première Renaissance italienne (XVe siècle), dans son ouvrage-phare, Théologie platonicienne de l’immortalité de l’âme.

Nous avons le choix de stagner ou de croître jusqu’à l’Éveil.

Si la notion de réincarnation nous semble relativement familière à l’aune de la pensée antique et des conceptions hindouistes et bouddhistes, la vision judaïque apparaît plus mystérieuse. Les textes de la kabbale évoquent la croyance en la transmigration des âmes ou Gilgul. Dans le Zohar ou Livre de la Splendeur – commentaire ésotérique de la Genèse révélant les traditions cachées -, la réincarnation est mentionnée plusieurs fois (notamment pour ceux qui ne se sont pas reproduits, donc reviennent). Pour les kabbalistes, c’est la Nechamah, l’âme ou la dimension spirituelle (l’une des trois entités de l’être, aux côtés de la dimension corporelle et émotionnelle), qui a une seconde chance (ou plus) de se parfaire.
Il faut savoir que dans le monde chrétien, la métempsycose a été condamnée en 553, au concile œcuménique de Constantinople, pour défendre l’originalité de la résurrection.

Évoquer les racines de la notion de réincarnation renvoie inévitablement à l’hindouisme et au bouddhisme, tout imprégnés d’une vision karmique de l’existence. Ainsi, dans le bouddhisme, kāmaloka est-il le « monde du désir » ; un des trois mondes, le plus bas, dans la cosmologie bouddhiste, et il est en grande partie le samsāra (en sanskrit, « ensemble de ce qui circule » ou cycle des renaissances – notion qui existe aussi dans l’hindouisme, le jaïnisme et le sikhisme). Il est lui-même constitué de six mondes (ou états mentaux), dont les trois premiers correspondent aux renaissances inférieures et les trois derniers aux renaissances plus fortunées.

Les six mondes sont représentés dans l’image de la roue de la vie. Une roue qui tourne vie après vie, ère après ère… Où, selon les symboles représentés, nous avons le choix de stagner ou de croître jusqu’à l’Éveil. Soit l’extinction du feu des passions et de l’ignorance, synonyme de libération du cycle des réincarnations. Le Nirvāna !

(Source : INREES)

3 réflexions sur “Antique réincarnation

  1. Certains matérialistes sont réfractaires ou fermés à toute notion d’esprits. D’autres disent que la lettre tue, et que l’esprit vivifie. Chacun est libre de choisir son camp ou de naviguer d’une position à l’autre, parfois sans jamais parvenir à se fixer ou simplement jeter l’ancre parce qu’ils n’atteignent pas le fond.

  2. Je connais cette photo, je sais pas qui a saisi cet instant mais il est doué. le regard de cette femme a une puissance dingue!

    Pour la réincarnation, je ne sais pas, peut être… mais si c’est vrai je n’ai aucun souvenir d’avant.
    Mais que cela ne nous empêche pas d’être sympa dans la vie, karma où pas:)

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