À consommer avec modération. © Montage Le Point.fr

C’est la première publication d’un article consacré à l’observation du monstre. Une belle affaire pour le tourisme écossais…

Qui peut s’étonner que l’Écosse soit à la fois la patrie du monstre du Loch Ness et celle du whisky ? Les vapeurs de l’un n’auraient-elles pas engendré l’autre ? Examinons les faits. Hic ! Le 2 mai 1933, l’Inverness Courier publie le premier article consacré à l’observation d’un monstre dans le Loch Ness, un lac d’Écosse. Hic ! Le correspondant local Alex Campbell rapporte que le 14 avril M. et Mme Mackay, habitants respectés d’Inverness, longeaient le lac en voiture quand cette dernière remarqua à la surface des eaux un étrange phénomène. Elle crie à son mari de s’arrêter. Tous deux observent avec stupéfaction une créature qui roule sur elle-même et plonge à plusieurs reprises. Hic ! Ils décrivent une sorte de baleine s’ébattant au milieu d’une eau bouillonnante. "Comme si elle mijotait dans un chaudron", ajoute-t-elle. Au journaliste ils expliquent que l’étrange apparition disparaît soudainement sans redonner signe de vie. La jeune femme évalue la longueur de la créature à plusieurs pieds (il faut trois pieds pour constituer un mètre). Dans son article du 2 mai, le journaliste en profite pour rappeler la mésaventure arrivée quelques années plus tôt à des habitants du coin qui, en traversant le lac à la rame, avaient également rencontré une bête inconnue dont ils avaient estimé la taille à celle d’un phoque.

Ce premier article du 2 mai, devenu célèbre, marque véritablement l’avènement du mythe du monstre du Loch Ness. Cela dit, ce terme de "monster" n’apparaît pas dans ce premier article, mais dans le suivant publié le 9 juin. Car, à partir de ce moment, Nessie ne cesse de s’exhiber. Un vrai happening à ciel ouvert. Signalons qu’une tradition datant du Moyen Âge parle de la présence de créatures étranges dans les lacs et les rivières de la région, mais les apparitions étaient rares, et le Loch Ness spécialement concerné.

Exhibitionniste

Le 22 juillet 1933, nouvelle observation du monstre. Cette fois, c’est du lourd. Un couple de Londoniens, George Spicer et son épouse, affirme avoir vu la créature ramper devant lui, sur la route. Ils la décrivent comme "la chose la plus proche d’un dragon ou d’un animal préhistorique qu’il (leur a) été donné de voir jusqu’à présent". On aimerait connaître leur marque de whisky préférée… Ils estiment la longueur du monstre à huit mètres et affirment que celui-ci tenait un animal dans sa bouche. Ce dernier témoignage en suscite de nombreux autres. À croire que le monstre qui s’emmerdait ferme depuis quelques millénaires dans les profondeurs du lac est devenu exhibitionniste. Les journaux reçoivent les courriers les plus extravagants, décrivant des apparitions plus sensationnelles les unes que les autres. L’épidémie gagne bientôt la presse nationale, puis internationale, qui dépêche des envoyés spéciaux. Le monstre du Loch Ness est tellement plus rigolo et fait vendre davantage de papiers que cet autre monstre du Grand Reich…

La première photo de Nessie, prise par un certain Hugh Gray, est publiée le 6 décembre 1933 dans le Daily Express. L’année suivante, un gynécologue londonien nommé Robert Wilson en prend une autre qui fera le tour du monde. On y voit, vaguement, une bête allongée dotée d’un long cou. Elle convainc des millions de crédules que le lac recèle bien un monstre dans ses eaux. Seulement, en 1975, la triste vérité émerge des eaux du lac : le monstre photographié est tout bonnement un sous-marin pour enfant affublé d’une tête sculptée. L’auteur de la blague est un certain Marmaduke Wetherell.

Chasse

L’ivresse contamine même le sommet de l’État quand le secrétaire d’État de l’Écosse ordonne à la police de prendre toutes les mesures pour éviter toute agression envers le gentil monstre. En effet, beaucoup rêvent de le capturer. Des bateaux sillonnent le lac à sa recherche. On bricole des harpons. Un bateau de pêche prétend l’avoir suivi sur son sonar pendant huit cents mètres. Aujourd’hui, les apparitions de Nessie se font bien plus rares. Sinon sur les affiches touristiques vantant le charme de l’Écosse. Reste à savoir pourquoi le monstre a cru bon d’apparaître dans les années trente ? Pourquoi cette hystérie populaire ? Impossible de ne pas établir un rapport avec la sortie du film King Kong juste avant les premiers témoignages. Le film a tellement marqué les esprits que certains étaient prêts à accueillir le premier monstre antédiluvien venu. Aujourd’hui, Nessie est devenu, avec le whisky, le premier ambassadeur du tourisme écossais. Hic !

(Source : Le Point)

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